Roland Garros, un aviateur

Depuis le début de la colonisation des terres d’Outre Mer, beaucoup de militaires, de fonctionnaires, d’aventuriers ont immigré vers les îles pour faire fortune. Souvent, ils s’y installaient et les enfants des familles les plus aisées étaient envoyés en France pour continuer leurs études. Parmi eux, de grands hommes, tels que Leconte de Lisle, Léon Dierx ou encore Roland Garros...



“Roland Garros est l’exemple où l’homme prend conscience de cette chance qu’il a de se dépasser, mais aussi d’avoir le courage de mourir dans la gloire la plus pure à 30 ans ".

UNE JEUNESSE EXEMPLAIRE

Un garçon est né le 6 octobre 1888 à Saint-Denis au n°17, rue de l’Arsenal, aujourd’hui rue Roland Garros, et n’est autre que le célèbre aviateur. Atteint d’une pneumonie très jeune, il est obligé de surmonter cette faiblesse physique en s’adonnant au sport. Il crée la première équipe scolaire de football du lycée de Nice. Capitaine, il mène son groupe à la victoire au championnat interscolaire. Il fait aussi du cyclisme et devient en 1906 champion de France. Il s’essaie dans diverses disciplines : course, saut, ... Il découvre en Angleterre les joies du tennis. Cependant, il ne néglige nullement les activités intellectuelles et ne cesse de s’instruire. Il apprend l’italien et l’anglais, la musique, mais aussi la mécanique. Le goût du risque et de l’aventure le porte bientôt vers ce qui sera sa passion : l’aviation.

SA PASSION : L’AVIATION

Le 1er septembre 1908, il est engagé par la firme les " Automobiles Grégoires ". Le père de son ami Jacques Quellennec lui avance les fonds nécessaires qui lui permettent de s’installer à son compte en ouvrant un magasin. Mais c’est au meeting aéronautique de Reims, du 22 au 29 août, qu’il prend la décision de devenir aviateur. Avec ses économies, Roland Garros s’achète une " Demoiselle " au prix de 7500 F (1143€ ). C’est un petit appareil avec lequel ils apprend à piloter seul, aucune école n’existant alors. Les premières tentatives de vol ne sont pas des succès : à Issy les Moulineaux, il tente une première expérience et percute un biplan qui atterrit. Par chance, l’autre pilote Maurice-Clément, est justement le constructeur de la "Demoiselle " qui reconnaît ses torts. Très rapidement il aura un autre appareil. Le 19 juillet, il obtient son brevet de pilote à l’Aéro-Club de France et part pour une tournée d’exhibition en France, et en Amérique. On le retrouve dans de nombreuses démonstrations aux Etats Unis, au Mexique et à Cuba. Beaucoup d’incidents surviennent mais le jeune aviateur est un mécanicien et un pilote remarquable. Entouré d’hommes exceptionnels tels que John-Moisant, René Simon,... une équipe de casse-cou de la “Moisant’s international Ltd” (grande entreprise new-yorkaise), il ne cesse de se perfectionner. A chaque tournée, les téméraires "donnent la main à la mort". De retour à Paris. Il va participer aux premières grandes compétitions aéronautiques. On le retrouve dans des courses aussi prestigieuses que le Paris-Londres, le Paris-Madrid ou le Paris-Rome. Il prend part aussi à des circuits européens. Bien que son avion soit quelque peu fragile, il termine aux places d’honneur. Mais il est toujours second ! "L’éternel second", écrivent les journalistes. C’est pourquoi il décide de s’attaquer au record de hauteur et le bat le 6 septembre à Dinard, près de Cancale, avec 3 910 mètres. De nouvelles tournées de démonstrations au Brésil et en Angleterre le font connaître davantage. Sa témérité, et son adresse forcent l’admiration de tous. Il profite de ses sorties pour faire les premières prises de vues aériennes de l’histoire de la photographie. En juillet 1911, il s’aligne au départ du " circuit d’Anjou " avec des grands pilotes comme Védrines, Prévost, Bedel... De très mauvaises conditions climatiques obligent les concurrents à renoncer à la course. Roland Garros prend seul le départ et rejoint la ligne d’arrivée avec son modeste avion : Blériot. Il remporte ainsi le Grand Prix de l’Aéro-Club de France et prouve que l’on peut voler même avec des données météorologiques défavorables. A l’issue de ce succès Roland Garros lègue son Blériot à l’armée. Pour les journalistes, il devient le " champion des champions".

SON PLUS GRAND EXPLOIT

Au mois de mai 1913, il reçoit le prix de l’Académie des Sports. Mais il n’a encore aucun contrat sérieux. Pour sortir de cette inactivité, il décide de participer à un circuit européen. Juste avant les grands meetings de Reims et de Come en septembre 1913, il se lance dans une grande aventure qui lui tient à cœur : la traversée de la Méditerranée. Il n’a aucune hésitation et ce fut simple, comme il l’avait imaginé, un adieu bref, puis le mot habituel prononcé par une voix traînarde : " contact ". Au premier coup d’hélice le moteur se met à tourner souple et régulier puis c’est le décollage aux commandes d’un monoplan de 60 chevaux. Il quitte Fréjus. Le voyage est monotone, quand un éclatement sinistre de métal brisé ébranle tout l’appareil. Mais l’angoisse s’atténue vite et le voyage continue sans autre incident. Bientôt, la côte d’Afrique apparaît. Notre aviateur se pose à Bizerte en Tunisie après 7 h 53mn de vol.

LA GUERRE 14-18 ABOUTIT A 3 ANS DE CAPTIVITE

Dès l’atterrissage, Roland Garros n’hésite pas à donner ses premières impressions : " J’atterris sur le champ de manœuvre où personne ne m’attendait. Au milieu du terrain, sous le soleil ardent, je me trouvais seul, dans le silence, l’immobilité, la paix. Cet instant de recueillement... comme il terminait bien les heures que je venais de vivre ! " Le monde entier salue les exploits de ce jeune pilote français de 25 ans. En 1914, il remporte le rallye de Monaco. Il termine second au parcours Londres-Paris-Londres. Mais la guerre éclate et avec elle se terminent les compétitions aéronautiques. Au début d’août 1914, c’est la guerre. " Chacun est parti pour une guerre courte et joyeuse", pensait tout le monde. Elle va durer plus de 4 ans. Les troupes se cachent dans des tranchées protégées par des fils de fer barbelés. Les ballons captifs, et les avions prennent d’utiles photographies sur la situation ennemie, malgré les ruses d’un habile maquillage. Les avions deviennent alors très vite des armes redoutables. Ceux des Allemands survolent et bombardent Paris et Londres ; ceux des Alliés, les villes de l’Allemagne du Sud. Lors de la déclaration de guerre, Roland Garros, natif de la Réunion qui est encore une colonie, n’est pas mobilisé. Toutefois, il décide de se porter volontaire et s’engage dans l’armée. Il est donc affecté dans l’artillerie comme deuxième classe. Cependant, les autorités militaires ne tardent pas à lui confier des missions en avion. Ce qui le ravit car il a toujours pensé que l’avion était une arme excellente.

" GARROS EST FAIT PRISONNIER PAR LES ENNEMIS "

Le 19 août, c’est sa première sortie. Mais d’autres missions suivent et à chacune d’elles, Roland Garros met à profit les incidents qui surviennent. C’est ainsi que l’idée lui vient d’équiper son appareil, d’un système de tir à la mitrailleuse à travers l’hélice. Quelques mois plus tard, la technique est au point et le pilote français l’expérimente sur les avions ennemis. Il abat ainsi plusieurs appareils allemands : 2 Albatros, 1 Aviatik... Désormais, on n’a plus besoin de passager chasseur ; le pilote exécute seul ses tirs. L’aviation française supplante celle des Allemands. Le même jour, Roland Garros effectue une mission de bombardement aux commandes de son " Morane ". Touché par les forces allemandes, il doit faire un atterrissage forcé et il est fait prisonnier. Les allemands découvrent le secret de cet appareil qui leur a fait subir de nombreuses pertes... Et c’est le constructeur Fokker qui, en Allemagne, perfectionne le procédé, mettant ainsi Allemands et Français à égalité. Il est d’abord enfermé à Küstrin, véritable forteresse où il passe deux ans. Ensuite il est transféré à Magdebourg. Etroitement surveillé, il subit de nombreuses " brimades ". Mais c’est un fort caractère et il résiste aux provocations allemandes. Cependant, l’emprisonnement est une dure épreuve et pour oublier sa pénible condition, Roland Garros rédige ses mémoires et joue du piano pour ses compagnons de cellule, écrit à sa famille et à ses amis et fait du tennis pour entretenir sa forme physique. D’ailleurs, c’est dans " les manches évidées de deux raquettes qu’il a pu recevoir un chapeau de feutre, des cartes et une deuxième boussole qui lui servirait en cas d’évasion ". Les Réunionnais retiendront certainement cette phrase de Roland Garros à sa mère : " Si tu tiens à me gâter, envoie-moi de temps en temps un carri de bichiques de chez Hédiard, des achards, un peu de riz... ". Le 15 février 1918, déguisé en officier allemand, il s’enfuit du camp de Magdebourg avec un autre prisonnier Anselme Marchal. Il gagne alors la Hollande, l’Angleterre puis la France. Cette évasion ajoute un nouvel éclat à son nom. Il reçoit donc les insignes le 6 mars, d’Officier de la Légion d’honneur. Georges Clémenceau, président du Conseil, ministre de la Guerre, lui offre un poste technique qu’il refuse, préférant le combat. Mais ses trois années de captivité l’ont quelque peu écarté de l’actualité. L’aviation a connu d’énormes progrès. Roland Garros doit s’adapter aux nouvelles techniques et apprendre à se servir des appareils modernes. Il ne perd pas courage et surmonte cette nouvelle difficulté.Ce qui l’amène le 20 août 1918 à rejoindre enfin la 26e escadrille du 12e groupe des " cigognes " avec qui il recommence les patrouilles de chasse. Le 4 octobre après avoir abattu un Fokker, il retrouve la confiance, et demande à faire partie du barrage offensif. Il met alors en fuite une escadrille de chasseurs allemands. Mais les ennemis récidivent. Le combat est acharné. Le capitaine rassemble sa patrouille mais quelqu’un manque à l’appel. C’est Roland Garros. Un adjudant déclarera avoir vu un avion exploser en plein vol. C’est ainsi que Roland Garros disparut " en plein ciel de gloire ", à la veille de ses 30 ans. Il fut inhumé au cimetière de Vouziers, petite ville des Ardennes, bien loin de son île natale. Le 11 novembre l’Armistice est signé.

LE SOUVENIR DE ROLAND GARROS

Plusieurs pays rendent hommage à la gloire et à l’honneur du Réunionnais Roland Garros, devenu héros national. A Paris, le nom de l’aviateur a été donné à un petit square du 20e arrondissement. On y trouve de grands noms de l’aviation française comme Louis Mouilard, Octave Chanute, Ferdinand Ferber... Mais parmi les hommages rendus à son souvenir celui qui est le plus présent à la mémoire de tous est le célèbre stade Roland-Garros où, près de la porte d’Auteuil, se jouent les grands tournois de tennis. La France a oublié le Garros aviateur au profit du tennisman : il pratiquait le tennis sans y exceller. C’est Emile Lesieur, son parrain au " Stade Français " qui décide de donner le nom de Roland-Garros au plus grand Stade de tennis du pays. A Cholet, où il fait son premier vol sur la " Demoiselle " et passe son premier contrat d’exhibition, un monument rappelle son plus grand exploit : la traversée de la Méditerranée le 23 septembre 1913. A Sidi-Ahmed, près de Bizerte, sur la base aérienne qui porta longtemps le nom de Base aérienne Roland-Garros, une stèle marquait l’endroit où le Morane s’était posé. Ce petit monument est aujourd’hui au Musée de l’Air à Chalis-Meudon. A Tunis sur le terrain d’El-Aouina, une stèle rappelait aussi les exploits de Roland-Garros. Dans les Ardennes, à Saint-Morel, un humble monument perdu dans la campagne, a été érigé à l’endroit où le Squad s’abattit le 5 octobre 1918, où on peut voir inscrit : "Page d’histoire, page de souvenir, celle de l’aviation, celle de la Réunion, celle de la France de l’Océan Indien, celle de Roland Garros, regardez le ciel de notre passé et de notre avenir un 5 octobre et vous verrez comme tout change... ". Enfin à la Réunion : statue, Aéro-Club, lycée, rues portent son nom.

 

La statue du Barachois
 
De tous les aviateurs Roland Garros est peut-être celui qui compte le plus grand nombre de monuments élevés à sa mémoire. C’est dans son pays natal que se trouve le plus important de ces monuments. Œuvre du sculpteur Etienne Forestier, ami de l’aviateur, la statue fut inaugurée deux fois. La première fois à Paris et la seconde à la Réunion. Le 3 décembre 1925, Avenue des Champs-Elysées, une foule immense se presse autour d’une stèle surmontée de l’imposante silhouette de bronze du héros. Assistent à cette cérémonie de nombreuses personnalités : des officiers supérieurs, les plus grands noms de l’aviation parmi lesquels Louis Blériot, le sénateur et les députés de la Réunion, .... Le 25 avril 1926, sur l’esplanade du Barachois, une autre cérémonie se déroule. La Réunion, elle aussi, rend hommage à son héros. La conclusion d’Athanase Garault, président du Syndicat de la Presse et directeur du journal " La Paix", émut toutes les personnalités présentes : " Pour la fierté de ta famille, pour notre honneur à tous, pour la gloire de la petite patrie si ardemment et indissolublement unie à la grande, cette palme que la Presse te consacre aujourd’hui c’est : la Palme de l’immortalité... ".
copyright : J.D Explorateur du Monde
Ville de Trois-Bassins

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